Maison Pignatelli · Confluence des Gallone
Maria Emanuela Pignatelli
- Héritière des Principautés de Moliterno et de Marsiconovo
Fille de Giovanni Battista Pignatelli, prince de Moliterno et de Marsiconovo, ambassadeur de Naples en France, et de Luisa d'Avalos, des princes d'Aquino d'Aragona
En 1796, elle épouse Giuseppe Gerardo Gallone, 6e Prince de Tricase, et fait entrer les Principautés de Moliterno et de Marsiconovo dans la Maison Gallone. Morte à Naples en 1818.
Du Capo di Leuca à Naples au début du XIXe siècle
LE VOYAGE DE LA PRINCESSE DE TRICASE
Il fallut huit jours, en septembre 1817, à la princesse de Tricase, Maria Emanuela Pignatelli, veuve du prince Giuseppe Gerardo Gallone, pour rentrer en fin d’été de Tricase à Naples, où elle résidait. L’analyse de la note publiée par D. Lala dans son L’Archivio dei Principi Gallone, Tricase 2001, p. 277, révèle, au-delà de la durée du voyage, d’autres informations intéressantes sur la manière de voyager de la noblesse au début du XIXe siècle. Les papiers de la famille feudataire de Tricase furent donnés aux Archives d’État de Gênes en 1965 par dame Simonetta della Posta (1916-1986), des ducs de Civitella Alfedena, fille unique de la princesse Maria Bianca Gallone, dernière descendante directe de la maison. En 1979, le fonds d’archives fut transféré aux Archives d’État de Lecce, mais d’autres documents importants se trouvent à Angers, en France, où est né et réside Simon Guerri dall’Oro di Tricase e di Moliterno, né en 1985. À son père Guido (1941-2019), par décret ministériel du 21.1.1999, fut reconnu l’ajout du prédicat au nom de famille, transmissible aussi aux descendants.
La protagoniste du voyage Tricase-Naples, la princesse Maria Emanuela Pignatelli, naît le 21 avril 1775 de Giovanni Battista, prince de Moliterno et de Marsiconovo (en Basilicate), ambassadeur de Naples auprès de la cour de France, et de Luisa d’Avalos, des princes d’Aquino d’Aragona. En 1796, elle épouse le prince de Tricase, Giuseppe Gerardo Gallone (1766-1806), et de leur mariage naissent 5 enfants : 4 filles (Beatrice, Maria Luisa, Brigida et Michela) et l’unique garçon, Giovanni Battista (1800-1868), héritier de la maison.
M. Emanuela Pignatelli devient veuve en 1806 et meurt, à l’âge de 42 ans, le 23 mars 1818, dans la villa napolitaine de S. Maria degli Angeli. Elle est enterrée à Naples, dans la chapelle de l’Immaculée, de juspatronage de la famille Gallone, dans la basilique de S. Pietro ad Aram, où était enterré son mari et ses filles et où se trouvait une épitaphe de marbre la concernant, ensuite retirée et restée mutilée (cf. E. Morciano, « Vestigia napoletane dei principi di Tricase » in Ne quid nimis. Studi in memoria di Giovanni Cosi, sous la direction de M. Spedicato et L. Montonato, Edizioni Grifo, Lecce 2017, pp. 201-225).
Appartenant à l’une des familles les plus puissantes et prestigieuses du Royaume de Naples, Maria Emanuela est la sœur de Girolamo Pignatelli (1773-1848), un personnage politiquement controversé. Capitaine du peuple pendant la révolution napolitaine de 1799, il fut envoyé à Paris pour demander la reconnaissance du nouveau gouvernement, mais les Français doutèrent de ses choix démocratiques et l’assignèrent à résidence. Rentré en Italie en 1806, il se rangea de nouveau du côté des Bourbons et les suivit à Palerme, où ils s’étaient enfuis à l’arrivée des Français à Naples. Économiquement ruiné, il transmit le titre de prince de Moliterno et de Marsiconovo à sa sœur Emanuela, princesse de Tricase, qui le transmit à ses descendants. Celle-ci connut une vie tourmentée, quoique aisée, car la famille Gallone comptait encore parmi les plus considérables du Royaume. Ses filles lui meurent toutes petites ou en bas âge ; elle assiste à la révolution de 1799 au cours de laquelle plusieurs nobles sont tués par la foule en furie ; elle voit la famille royale contrainte de fuir en Sicile à deux reprises ; sous les Napoléonides, elle subit, entre 1806 et 1808, les lois abolissant la féodalité. Il ne manque toutefois pas quelque note positive : l’achat à son nom du hameau de Teverolaccio, commune de Succivo, dans la province de Caserte. Le cadastre napoléonien (Catasto Provvisorio) de 1815 recense en effet la « princesse de Tricase » comme première contribuable de la commune de Succivo, avec une rendita de 3178 ducats — devant le prince François-Paul de Bourbon et la Mensa Vescovile d’Aversa — pour des terres arbustées, des jardins et des maisons d’habitation concentrés à Teverolaccio (cf. L. Russo, « Succivo nel Catasto Provvisorio », Rivista di Terra di Lavoro, Archivio di Stato di Caserta, 2007). Elle devient veuve vers 31 ans en 1806 — le mari en avait quarante — et la même année meurt sa dernière-née, Brigida, âgée d’environ un an. Peut-être toutes ces préoccupations abrègent-elles sa vie, car elle meurt à 42 ans en 1818. D’elle, à Tricase, subsiste un souvenir dans l’église matrice, dans les deux autels du transept, jadis de patronage de la famille Gallone et dédiés à la Vierge de Constantinople et à saint Charles Borromée. Sur ces autels, on remarque les armes mi-parties Gallone-Pignatelli réalisées en marqueterie de marbres précieux polychromes.
Quand la princesse Emanuela Pignatelli-Gallone rentre de Tricase à Naples, elle a 42 ans. C’est vraisemblablement le dernier voyage de ce genre qu’elle accomplit, car elle meurt environ six mois plus tard dans sa villa de S. Maria degli Angeli, au centre de la ville. Avec la princesse, en carrosse, se trouvent le jeune prince Giovanni Battista (1800-1868), âgé de dix-sept ans, et Domenico Risolo, « agent » de la Maison ; font partie du personnel une servante, autrement non nommée, le palefrenier Vincenzo Longo, avec d’autres serviteurs chargés du soin des montures de la Maison et des bêtes de somme à rendre à Tommaso Grande de Lecce.
On peut toutefois souligner d’autres particularités. Les étapes du parcours avec nuitée : Fasano, Bari, Barletta, Cerignola, Bovino, dans les Pouilles ; Ariano Irpino, Mirabella, Avellino en Campanie. Les repas étaient préparés par le cuisinier personnel de la princesse. Parmi les dépenses extra, outre la glace pour le jeune prince et l’achat de « teinture d’ambre », on trouve les « cassette di S. Nicola ». Elles furent achetées par Ignazio lors de l’étape à Bari. Il s’agit vraisemblablement des fioles contenant la « manne de saint Nicolas » : l’eau qui, selon la tradition, jaillit des ossements du saint. Mêlée à l’eau naturelle et traditionnellement recueillie dans des flacons à des fins de dévotion, elle peut aussi être employée à des fins curatives. La présence du cuisinier personnel, l’achat de teinture d’ambre et de la manne feraient penser à une princesse hypocondriaque, délicate, au tempérament anxieux et de santé fragile. Pour une pathologie de ce genre, la médecine de l’époque prescrivait un régime particulier et l’usage de dérivés d’ambre comme boisson antidépressive et reconstituante, ou « à porter toujours sur soi pour le respirer [comme parfum] et s’en oindre les tempes » : N. Cirillo, I Consulti Medici, Tome I, Naples 1738, p. 325. À noter encore l’usage de donner des pourboires, la fameuse « bonne main », pour obtenir des traitements de faveur : la gratification au « portier » de Barletta qui de nuit « ouvrit les portes de la ville » et aux gendarmes, « là où il en fut besoin ». Ce sont autant d’éléments caractéristiques des voyages à une époque où se déplacer était dangereux à cause de la présence des brigands et inconfortable en raison de la situation désastreuse des routes, dont l’entretien incombait aux pauvres communes aux budgets exsangues. Le coût total du voyage, y compris le retour des mules jusqu’à Lecce, est de 268,60 ducats.
Publié dans « Il gallo », n° 19/2021, p. 22.
Ercole Morciano
Le passage des deux Principautés à la Maison Gallone
Son frère Girolamo III Pignatelli (1773–1848), 3e Prince de Moliterno et 5e de Marsiconovo, personnage politiquement controversé et désormais ruiné, céda les titres et les fiefs à sa sœur Maria Emanuela. Par le mariage de celle-ci avec Giuseppe Gerardo Gallone, 6e Prince de Tricase, les Principautés de Moliterno et de Marsiconovo entrent ainsi dans la Maison Gallone — et c’est dès lors que Tricase est aussi Principauté de Moliterno.
L’héritage passe ensuite au fils unique Giovanni Battista Gallone (1800–1868), 7e Prince, puis au petit-fils Giuseppe Gallone (1819–1898), 8e Prince et Sénateur du Royaume d’Italie. La descendance directe se clôturera avec Maria Bianca Gallone, de sorte que les titres passeront finalement aux Guerri dall’Oro (cf. Décret du 21 janvier 1999).
L’autel de patronage dans la Basilique de San Pietro ad Aram
Dans la Basilique de San Pietro ad Aram, l’une des plus anciennes églises de Naples, la Famille Gallone conserve le droit de patronage sur un autel latéral, témoignage tangible de leur présence dans la noblesse napolitaine entre le XVIIe et le XIXe siècle.
L’autel, en marbres polychromes en marqueterie (pierres dures), porte les armes Gallone réalisées avec un remarquable savoir-faire artisanal : un coq couronné, de gueules sur champ d’azur, surmonté d’une étoile d’or à six pointes et posé sur un tertre de sinople — le tout encadré d’un cartouche baroque en marbre jaune et rouge brèche. Un bénitier portant lui aussi les armes de la famille accompagne l’autel.
Le patronage d’autel dans une église historique était un privilège réservé aux familles nobles les plus établies. Pour les Gallone, il coïncide avec l’enracinement napolitain de la maison, particulièrement intense depuis l’époque de Stefano II Gallone (1er Prince de Tricase, 1601–1662), qui y entretint des agences marchandes, et plus encore sous Stefano III (3e Prince, 1666–1733), qui y résida de 1681 à 1703.
La présence de Maria Emanuela Pignatelli à Naples — déjà siège de sa famille d’origine, princes de Moliterno et Marsiconovo — est cohérente avec la perpétuation de ce patronage à travers le mariage de 1796 avec Giuseppe Gerardo Gallone : les deux grands rameaux napolitains de la noblesse confluent symboliquement en ce lieu de culte, où la princesse elle-même sera enterrée en 1818 dans la chapelle de l’Immaculée, de juspatronage Gallone.