Maison · Princes de Tricase
Gallone
Tricase (Terre d'Otrante)
- Princes de Tricase (depuis 1651)
- Princes de Moliterno
- Princes de Marsiconovo
- Barons de Specchia Gallone
Famille d’origine probablement chypriote, arrivée en Terre d’Otrante au XIIIe siècle à la suite d’Hugues III de Brienne. Établie à Tricase, elle obtient avec Stefano II le titre de Prince de Tricase en 1651 ; la Maison s’éteint avec Maria Bianca Gallone (1895–1982), 10e Princesse de Tricase.
« Nunc et semper »
Une « Généalogie de la Famille Gallone » de 1765, manuscrite, mentionne trois « prêtres grecs » (Don Clemente, père de Don Cesario, lui-même père de Don Mariano) venus en Terre d’Otrante vers 1240. On y mentionne aussi deux documents des Archives de Naples (détruites en 1943) : dans le premier (Registre de Charles Ier, année 1291, Livre A, feuillet 258) est cité un « dominus Johannes Gallonus de Ciplo, miles notatur possidere feuda in Summa » ; dans le second (Registre du Roi Robert, années 1339 et 1340, Livre B, feuillet 168), d’autres Gallone, « personnes très honorées ».
Les GALLONE sont probablement d’origine chypriote, arrivés en Italie à la suite d’Hugues III de Brienne, qui avait hérité de biens dans l’île par sa mère, Marie de Lusignan.
Dans le brouillon d’une supplique adressée au roi par Giuseppe Gerardo Gallone (1766-1806), 6e Prince de Tricase, celui-ci affirme que ses ancêtres ont servi les Angevins (dès 1284) puis les Aragonais, que les preuves de ses dires se trouvent dans le Grand Archive de la Chambre Royale de la Monnaie de Naples, et qu’il demande en conséquence à être admis « parmi les gentilshommes de la Chambre en exercice ».
Don Mariano serait le père d’Angelo Ier († 1546), première figure attestée et fondateur de la famille, marié à Graziosa Mecchi, appartenant à une famille aisée de Tricase.
Dès le milieu du XVIe siècle, les Gallone apparaissent durablement installés à Tricase avec les fils d’Angelo Ier, les Barons Stefano Ier († 1586) et Alessandro Ier († 1589), riches marchands d’huile qui parviennent à acquérir le fief de Specchia Minervino (appelé ensuite Specchia Gallone), alors structuré comme une grande exploitation agricole.
Les activités des Gallone sont multiples, de la production huilière et l’investissement agraire au crédit financier et à l’accroissement du capital, le tout avec une politique successorale et patrimoniale avisée.
Les possessions sont considérablement élargies, avec l’achat des fiefs de Tiggiano et de Caprarica del Capo par Alessandro Ier ; l’expansion des propriétés terriennes des Gallone se poursuit ensuite avec son fils, Giovanni Angelo II (1572 – † 1616), 3e Baron de Tricase, qui achète le fief de Depressa et obtient une partie du fief de Tutino par son mariage avec Silvia Trane, des Ducs de Scorrano.
À la mort prématurée du 4e Baron, Alessandro II (1598 – † 1623), lui succède son frère, Stefano II (1601 – † 1662), qui mène à terme l’œuvre de ses prédécesseurs visant à l’accroissement du domaine, à la consolidation du pouvoir et à l’ascension de la Maison, laquelle culmine avec le « statut » de Prince, titre concédé en 1651 par Philippe IV, Roi d’Espagne.
Comment se produit ce saut social, de Baron (quoique très riche) directement à Prince ? Il est probable que cette « promotion » soit à mettre en relation avec une fructueuse opération financière dans le cadre de la politique du Vice-roi de Naples.
Les besoins d’approvisionnement, les dépenses militaires, la dispendieuse vie de cour et la réduction de la pression fiscale envers le peuple amenèrent les gouvernants à s’appuyer sur la classe marchande et capitaliste qui, vers le milieu du XVIIe siècle, prenait de l’importance dans la politique économique et financière du royaume de Naples. Il fallait, en outre, récompenser les barons qui restaient fidèles à la Couronne.
Stefano II possédait tous les prérequis nécessaires : feudataire fidèle, il détenait, à Naples, diverses agences marchandes et de solides capitaux provenant tant de revenus commerciaux que de prêts accordés.
Personnage central de l’histoire des Gallone, Stefano II parvient, en l’espace de vingt-cinq ans, à obtenir la baronnie de Tiggiano (1627), l’important hameau de Supersano (1640) avec le Bois du Belvédère (12 000 hectares), le hameau de Caprarica del Capo (1644), le fief de Salve (1648), le reste du fief de Tutino (1648), le fief de Miggiano (1660) et une partie du fief de Nociglia (1662).
C’est à Stefano II que l’on doit, en 1661, l’édification du corps central du Palazzo Gallone, le château princier de Tricase.
À Stefano II succède son fils, Alessandro III (1638 – † 1675), 2e Prince de Tricase, qui achève l’acquisition de la baronnie de Nociglia (1663), et à celui-ci son fils, Stefano III (1666 – † 1733), 3e Prince de Tricase, déjà orphelin de mère et encore mineur à la mort de son père, et donc sous la tutelle de son oncle Carlo Gallone, Abbé de Caprarica del Capo et fondateur de l’église de Sant’Angelo à Tricase.
Stefano III passe son adolescence à Naples, et son oncle Carlo parvient à arranger, en 1681, un avantageux contrat de mariage du Prince, alors âgé de quinze ans, avec Giovanna Teresa Colmenero de Andrade, fille d’un haut officier de l’Armée espagnole, Gouverneur de Verceil, et de Giovanna Arborio, des Marquis de Gattinara, très riche représentante de l’aristocratie piémontaise à la Cour de Savoie.
Bientôt la jeune Giovanna Teresa prend l’ascendant dans la gestion patrimoniale des Gallone et, en 1695, Stefano III cède à son épouse les fiefs de Supersano, Torricella et Floresta, et assure à son fils Francesco Alessandro (1684 – † 1753) les droits d’héritier désigné, comme 4e Prince de Tricase.
Après la mort de Giovanna Teresa, en 1703, Stefano III se remarie avec Lucrezia di Capua, appartenant à une ancienne et noble famille napolitaine, et se transfère de Naples à Tricase. Désormais le « statut » social des Gallone, fort de prestigieuses alliances matrimoniales, est bien affermi dans la haute noblesse napolitaine et piémontaise (une fille de Stefano III, Deodata, épouse un membre de la puissante famille piémontaise des Natta d’Alfiano).
Mais la situation économique se dégrade, tant à cause des dépenses considérables qu’occasionne la vie napolitaine que de l’incurie de Stefano III, homme très religieux et plus enclin aux travaux littéraires. En 1700, le fief de Specchia Gallone est perdu ; puis, en 1733, c’est le tour des fiefs d’Andrano, Tricase, Caprarica del Capo et Nociglia. Le Prince Francesco Alessandro rétablit, en partie, la situation en prenant fermement en main l’administration du patrimoine.
À la mort, sans héritiers, de Francesco Alessandro, lui succède, comme 5e Prince de Tricase, son demi-frère, Giuseppe Domenico (1706 – † 1766), et à celui-ci son fils, Giuseppe Gerardo (1766 – † 1806), 6e Prince de Tricase, né l’année même de la mort de son père et donc sous la tutelle de sa mère, Beatrice Sersale, des Marquis Sersale, jusqu’à sa majorité.
Après son émancipation, Giuseppe Gerardo restaure les activités financières de ses agences (essentiellement les prêts aux grandes Maisons napolitaines) et, en 1796, épouse en secondes noces Maria Emanuela Pignatelli, en stipulant des contrats d’hypothèque sur les biens du frère de Maria Emanuela, Girolamo III Pignatelli, 3e Prince de Moliterno et 5e Prince de Marsiconovo, couvert de dettes et tombé en disgrâce politique. Giuseppe Gerardo récupère ainsi les fiefs de Moliterno et de Marsiconovo avec le titre princier prestigieux qui leur est attaché.
Le successeur de Giuseppe Gerardo, Giovanni Battista (1800 – † 1868), assume les titres de 7e Prince de Tricase, 6e Prince de Marsiconovo et 4e Prince de Moliterno. Le fils et héritier de Giovanni Battista, Giuseppe (1819 – † 1898), déjà nommé par son père Comte de Nociglia, devient en 1868 8e Prince de Tricase, 7e Prince de Marsiconovo et 5e Prince de Moliterno, et joue un rôle important dans la politique napolitaine en devenant Sénateur du Royaume d’Italie, après la chute des Bourbons de Naples et l’avènement des Savoie.
Malgré le mariage de Giuseppe avec Maria Antonia Melodia, des Barons de San Pietro in Melicozza, très riche héritière en Terre de Bari, la situation économique des Gallone décline, sous les effets de la loi française de 1806 sur l’abolition de la féodalité et de la mauvaise gestion des derniers Princes, davantage attirés par la vie mondaine napolitaine que par la gestion des propriétés terriennes.
Le successeur de Giuseppe, Pietro Giovanni Battista (1855 – † 1931), dit « Gino », 9e Prince de Tricase, 8e Prince de Marsiconovo et 6e Prince de Moliterno, grand animateur des festivités napolitaines, suit les traces de ses prédécesseurs, dilapidant le patrimoine familial par de nombreuses aliénations et partages de biens (il cède le titre de Prince de Marsiconovo à sa sœur Maria Bianca, mariée au Baron Compagna).
À noter l’habileté frauduleuse des divers agents, procureurs, régisseurs et comptables qui donnent lieu à de fréquentes batailles juridiques avec l’intervention d’avocats eux aussi habiles au lucre.
La Maison des Gallone s’éteint avec la fille unique de Pietro Giovanni Battista, Maria Bianca (1895 – † 1982), 10e Princesse de Tricase et 7e Princesse de Moliterno, qui épouse Augusto III della Posta, 7e Duc de Civitella Alfedena.

Leur fille unique, Simonetta della Posta des Ducs de Civitella Alfedena (1916-1986), mariée à Aldo Guerri dall’Oro (1913-2004), obtient par une mesure nobiliaire (« motu proprio ») du Roi Umberto II, le 19 novembre 1967, le titre de Comtesse (mpr.) pour elle et de Comte pour son mari.
En outre, Simonetta della Posta des Ducs de Civitella Alfedena (1916-1986) obtient, par Décret du 21 janvier 1999 du Ministre de la Grâce et de la Justice de la République italienne, l’adjonction du nom Gallone di Tricase e di Moliterno (cognomisation des prédicats) pour ses fils.
Le fils aîné, le Comte Guido Guerri dall’Oro Gallone di Tricase e di Moliterno (1941-2019), est « de jure » 11e Prince de Tricase et 8e Prince de Moliterno (selon les normes de la « Succession féminine napolitaine »). Son fils, le Comte Simon Guerri dall’Oro Gallone di Tricase e di Moliterno (1985), est actuellement 12e Prince de Tricase et 9e Prince de Moliterno.
Gallone — de Clemente à Léon, Princes de Tricase
Des prêtres grecs aux Princes de Tricase · XIIIe–XXIe s.
Titres nobiliaires des GALLONE
- Princes de Tricase
- Princes de Moliterno
- Princes de Marsiconovo (cédé)
- Barons de Caprarica
- Barons de Tutino
- Barons de Depressa
- Barons de Principiano
- Barons de Nociglia
- Barons de Bernarda
- Barons de Luforni
- Barons de Supersano
- Barons de Belvédère
- Barons de Picerno
- Barons de Sarcuni et San Chirico Raparo
- Barons de Foresta et Torricella
Les Possessions et les Fiefs des GALLONE

La question du Regio Assenso dans la législation nobiliaire napolitaine
Selon une thèse largement répandue mais erronée, le Regio Assenso (assentiment royal) aurait toujours été nécessaire dans la transmission héréditaire des titres nobiliaires, en particulier dans le cas d’une transmission par ligne féminine. En réalité, le Regio Assenso n’était ni nécessaire ni requis dans le cas de la simple transmission du titre, lorsque celui-ci était devenu purement honorifique, c’est-à-dire vidé de son lien avec un bien féodal, comme dans les cas de successions consécutives à la vente du fief sous la formule « extincto seu retinenti titulo ».
En effet, une telle transmission constituait un droit parfait, qui ne nécessitait aucune confirmation, mais fondait sa légitimité sur la succession héréditaire normale de père en fils (ou de père en fille, ou de mère en fils / fille, dans le cas du Royaume de Naples où était en vigueur la Succession féminine napolitaine) dès lors qu’elle était conforme aux lois successorales en vigueur à l’époque de la succession du titre elle-même.
La jurisprudence nobiliaire ancienne et moderne, y compris celle de l’Italie républicaine (cf. Document annexe), s’accorde à considérer que, dans les anciennes Provinces napolitaines, jusqu’à la Loi d’abolition de la féodalité (1806), aucune mesure formelle n’était nécessaire pour la transmission du seul titre, ni par ligne masculine ni par ligne féminine.
Après 1806, lorsque les titres nobiliaires furent réduits à de simples distinctions honorifiques et à de simples adjonctions au nom de famille, l’investiture personnelle n’était plus requise, que les titres soient transmis par ligne masculine ou par ligne féminine.